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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 09:08

A l'initiative de l'Intersyndicale du secteur éducation-formation(Isef), les enseignants du secteur public vont à nouveau déposer la craie et déserter les salles de classe. Cette fois, pour une durée de 10 jours. Cet arrêt de travail intervient à moins de 3 mois, après celui qui a paralysé l'école publique du 19 au 23 novembre 2012. Dans cet entretien réalisé au téléphone, Kouamé N'dri Benjamin, président de l'Isef explique les raisons profondes de cette grève.

 

En dépit de l'appel du gouvernement, vous allez tout de même à la grève. Pourquoi, cette obstination ?

 

Mais parce qu'il n'y a pas de changement. Nous avons été reçus d'abord par le ministre de l'Education nationale. Elle n'a fait que reprendre ce que le gouvernement a déjà dit. C'est-à-dire qu'en dehors de ce qui avait été dit, rien ne peut être fait pour nous. Nous avons ensuite été reçus par le ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative. Là aussi, il n'y a rien eu de nouveau. Mais nous considérons que quelque chose peut être fait pour nous.

 

Mais le gouvernement vous a fait des propositions que vous avez rejetées…

 

Nous ne rejetons pas ces propositions. Nous disons seulement que ces propositions sont insuffisantes et imprécises. L’insuffisance réside dans le fait que le gouvernement veut nous donner 25 % de ce qu'il reste à nous payer. Or, nous voulons la totalité. Deuxièmement, il faut pouvoir nous dire à quel moment on commence à payer les arriérés et quand cela prend fin. Il faut donc qu'on fasse un échéancier clair pour indiquer le payement des arriérés. Mais on ne nous donne pas de réponse.

 

Semble-t-il pourtant que le gouvernement se donne jusqu'en 2014 pour payer tout ce qu'il vous doit. N’est-ce pas ?

 

Le gouvernement se donne jusqu'en 2014 pour payer les 25 % restant. Ce n'est pas pour éponger tout. Mais même à ce niveau, nous n'avons aucune précision. Pour nous, cette partie ne doit pas arriver en 2014. Nous ne sommes pas d'accord. Avant fin décembre 2013, nous devons entrer en possession de la totalité de notre dû, parce qu'aujourd'hui, nous avons des papiers qui sont des actes de nomination, de reclassement. Ces actes-là indiquent un indice à payer, et on est payé à un autre indice. Pendant ce temps, le gouvernement est en train de préparer une nouvelle grille salariale où il va relever le salaire. Mais avant de parler de nouvelle grille salariale, il faut normaliser l'existant. C'est ce que nous demandons simplement.

 

Manifestement entre le gouvernement et vous c'est un dialogue de sourd ?

 

Je ne sais pas qui est le sourd dans le processus, mais nous, nous disons les choses de façon très simple. Ces choses ont été écrites par eux-mêmes. En principe, il ne devrait pas y avoir de dialogue de sourds. Mais, il y a que le gouvernement refuse de discuter. Le vrai problème, c'est qu'il n'y a pas encore eu de débat. Quand on se retrouve, ils ne font que répéter la même chose. Ils ne nous ont jamais demandé ce qu'on propose. En dehors du conseiller spécial du président de la République chargé de l’éducation et de la recherche qui a demandé de lui faire des propositions. Ce que nous avons fait. Le conseiller spécial dit avoir ramené nos propositions à nos ministères techniques. Mais aucun d'eux, quand on les rencontre, ne nous dit voici vos propositions et voici ce que nous disons. Rien de cela. Quand on nous appelle, c'est pour nous dire que notre lutte à un dessous inavoué. Mais comme nous savons que notre lutte est complètement au dessus de ces considérations, nous restons indifférents à ce type de langage.

 

Le ministère de l'Education nationale ne vous a-t-il pas demandé de lui donner encore un peu de temps?

 

Nous avons donné assez de temps de novembre 2009 à juin 2012. C'est le temps que le gouvernement et l'Etat nous ont demandé. Et comme le PPTE est intervenu le 26 juin, pour nous, à partir du 1er juillet 2012, on devrait être pris en compte. Mais, plus de 3 mois après le Ppte, nous n'avons toujours pas été pris en compte. Nous avons commencé à interpeller le gouvernement début novembre c'est à dire 4 mois après le Ppte. On nous dit encore donnez nous du temps. On ne comprend plus rien. On a déjà donné 3 ans. Mais ils nous disent donnez-nous tout le temps.

 

Qu'est-ce que vous demandez concrètement à l'Etat ?

 

Avec l'Etat de Côte d'Ivoire, nous sommes engagés à régler un certain nombre de problèmes. A cet effet, l'Etat a pris des actes. Pour l'enseignement primaire, ces actes concernent le reliquat des 5000fcfa des indemnités de logement et le rappel y afférant, le paiement du reliquat du cap 88 -92 et le paiement des 50 % restants de la bonification indiciaire des instituteurs. En ce qui concerne les enseignants du secondaire et les conseillers pédagogiques, il reste encore 50 % de reclassement à payer. Ce sont ces 50 % que le gouvernement veut payer en partie, donc la moitié et nous ne sommes pas d'accord. Et troisièmement, il y a les arriérés de tous ces actes qui courent depuis 2009. Tout cela devait être liquidé au plus tard fin décembre 2012, relativement aux décisions du forum de Yamoussoukro. Cela n'a pas été fait. Pour nous, cela doit faire l'objet de discussions franches avec des ministres compétents. Ensemble, on discute, on prend une décision, on écrit et on passe à son exécution.

 

Pour montrer votre bonne foi pourquoi ne pas accepter les propositions du gouvernement dans la mesure où il crie sur tous les toits que l'Etat n'a pas d'argent ?

 

Nous avons accepté les propositions du gouvernement, c'est pourquoi on est arrivé en 2013. C'est en 2009 qu'on devait tout nous payer. L'Etat nous a expliqué qu'il n'y avait pas d'argent et nous avons compris. De la bouche du ministre Charles Diby Koffi alors ministre de l'Economie et des finances qui est encore là en tant que ministre des Affaires Étrangères. C'est lui qui représentait l'Etat ivoirien. Il nous a dit qu'au Ppte, on paye. Mais si le PPTE est atteint et on ne fait pas ce qu'on a dit, c'est du mépris. Educateurs que nous sommes, nous sommes restés dignes. Nous avons donc utilisé la procédure syndicale. Maintenant, si le gouvernement pense que nous sommes des gens avec qui il faut discuter nous aviserons. Nous demandons seulement ce qu'on nous doit. On n'est pas encore arrivé à la revalorisation salariale.

 

Vous partez pour une grève qui va durer 10 jours, c'est encore l'école ivoirienne qui sera paralysée ?

 

C'est notre travail qui sera d'abord paralysé. Souvent, quand on parle de nous et de l'école, on a l'impression que c'est deux entités différentes. Dès que mon travail est paralysé, ça me porte un coup dur. Ne pas faire la grève est très importante pour nous mais nous sommes obligés de la faire parce que nous nous battons pour trouver une solution.

 

Est-ce que vous vous engagez à rattraper le temps perdu si une solution est trouvée à vos revendications ?

 

C'est ce qu'on a de tout temps fait. Si le gouvernement nous appelle tout de suite pour payer ce qu'on nous doit, nous allons reprendre le travail et rattraper les heures perdues.

 

Réalisé au téléphone par Franck SOUHONE

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